François Guillaume, La Borne, Jacqueline et Jean Lerat

 

1937 - 1939

Collection Denis Goudenhooft
photos E.Martinez

François Guillaume, héritier d’un commerce de meubles, développe à Bourges à partir de 1920 une activité de design et de distribution d’art de la table tout à fait innovante. Bourges et le Berry connaissent dans les années 30 à 60 une riche activité manufacturière. Les industries agroalimentaires, métallurgiques, mécaniques, de verrerie et de céramiques entre autres sont les plus prospères. Ces dernières sont concentrées pour le verre et la porcelaine à Vierzon et dans ses environs qui bénéficient de l’appellation « porcelaine de Limoges ». Le grès est développé à La Borne.

 

1937 - 1939

Collection Denis Goudenhooft
photos E.Martinez

De 1920 à 1925, influencé par Jean Carriés et Emile Decoeur, François Guillaume réalise des sculptures qu’il fait cuire à Saint –Amand en Puisaye chez Eugène Lion. Il commande au cours des années 1925 à 1940 à des créateurs ou à des dessinateurs tels que Jean Luce, Jean Chièze ou Fernand Schlegel des projets pour les arts de la table qu’il fait réaliser dans les manufactures locales. Les formes sont modernes et la décoration reste souvent inspirée par les traditions de cette vieille province. Il n’hésite pas à dessiner lui-même certains objets.
Collectionneur de céramiques anciennes (Marie Talbot, Jean Talbot, Jean Chenu,   ) de La Borne, il est attiré par le village dont l’activité de grès d’usage est durement concurrencée. Il se lie avec Armand Bedu, maître potier à La Borne avant guerre. Pendant les années 1935 à 1940, il lui fait réaliser des modèles qu’il vient décorer le week-end avec sa famille. Il modèle des animaux à partir des pièces tournées. Deux exemples ci joints de pièces réalisées en 1937 et 1939 montrent la modernité des réalisations.
A l’occasion de la période de pénurie des années 1940 à 1945, La Borne bénéficie de ses gisements d’argile et de son autonomie énergétique fournie par les forêts environnantes. François Guillaume prend des risques en salariant de jeunes créateurs dans un atelier d’art. Le premier, en 1941, est Jean Lerat dont il connaissait les talents de sculpteur depuis l’exposition universelle de Paris en 1937 et qui lui avait fourni plusieurs modèles (personnages pour décorer la table, jeu d’échec). Puis c’est en 1943 André Rozay, habile technicien et Jacqueline Lerat recommandée par Henri Malvaux, directeur de l’école des Beaux-arts. Il loue à La Borne un atelier qui fonctionne en symbiose avec l’entreprise d’Armand Bedu et à proximité de celui de Paul Beyer arrivé en 1943. La démarche avec Jean est très structurée. Celui-ci dessinait des projets. L’ensemble de ces dessins sont répertoriés au sein des documents déposés aux archives départementales du Cher d’une part et dans les archives familiales de la famille Lerat (cf illustration) Ceux qui étaient retenus étaient réalisés par Jean et cuits par monsieur Bedu. Ils étaient marqués du sceau de François Guillaume (cf illustration). Jacqueline produisait directement. Ces contrats ont permis les premiers essais d’une nouvelle céramique dans le contexte certes difficile de la guerre mais avec la garantie de la vente et d’un emploi donnant un accès aux tickets de rationnement.
Cet atelier a fonctionné jusqu’en 1945, chacun des artistes prenant ensuite des voies propres. Jacqueline et Jean ont continué de vendre dans le magasin d’Elisabeth et François Guillaume quelques œuvres réalistes jusque dans les années 1960.
Il est par son esprit d’entreprise, sa passion pour les vieux La Borne, la modernité de ses recherches dans les années d’avant guerre et l’investissement qu’il a fait pour installer une nouvelle génération, un des acteurs essentiels pour le renouveau de La Borne et l’émergence de nouvelles recherches céramiques en France à partir des années 1950.
Sources :
-         Les éditions Guillaume(1925-1950) par son fils E.M. Guillaume.
-         Denis Goudenhooft, galerie Compléments d’objet 27340 Martot
-         Archives départementales du Cher
-         Journal et texte de Jacqueline Lerat.

 

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