Céramique et peinture

Le musée national Eugéne Delacroix (6, rue de Furestenberg 75006 Paris) a mis en place une confrontation intelligente entre l'oeuvre d'Eugène Delacroix et les sculptures et dessins de deux artistes contemporains Jean-Michel Othoniel né en 1964 et Johan Creten né en 1963.

L'exposition intitulée "Des fleurs en hiver" se déroule du 12 décembre 2012 au 18 mars 2013 accompagne la fin de la réhabilitation du jardin qui s'étale devant l'ancien atelier du peintre.

Les oeuvres d'Eugéne Delacroix présentées constituent un ensemble limité parfois décevant. Le livre qui l'accompagne élargit heureusement  le propos et montre les liens complexes et forts qui unissent le peintre à la nature. A cette occasion la confrontation avec des oeuvres contemporaines est une initiative  risquée.

Ainsi les verres de Jean-Michel Othoniel (galerie Perrotin) ne parviennent guère à convaincre probablement à cause du lieux assez étroit.

Par contre les sculptures céramiques ( plus que le bronze qui fait perdre la dimension colorée) de Johan Creten (galerie Perrotin également) font un contrepoint de haute qualité aux tableaux les plus intéressants du peintre. Ses recherches qui s'appuient sur une déclinaison ironique des pétales de fleurs que l'on trouve sur certaines porcelaines des vitrines des intérieurs bourgeois, ont une qualité formelle et colorée qui paradoixalement en font des oeuvres contemporaines.

L'interview de l'artiste dans le livre (Delacroix, Othoniel, Creten, Des fleurs en hiver edition musée du Louvres  et Le passage) qui accompagne l'exposition, éclaire de façon éclatante et juste la place de la céramique dans l'art contemporain. Je ne peux pas m'empécher d'en citer quelques extraits:

 "En Belgique (dans les années 1980), travailler la céramique était un vrai tabou dans le monde de l'art contemporain. Aujourd'hui, nombreux sont les jeunes artistes en Frane et ailleurs qui ont découvert cette matière et pour eux il n'y aplus d'interdit" (page 100).

"A la manufacture de Sèvres, il y avait ce grès qui n'avait pas été utilisé depuis soixante ans" (page 100)

"Mes oeuvres sont assez peu nombreuses et à chaque fois, ou presque, faites par moi même, ce qui est une position atypique aujourd'hui mais que je pense plus d'avenir." (page 107)

"..au grand tabou de toucher la terre, qui est la mère-on dit mother earth-,celle que tu ne touches pas. "(page 107) 

Johan Creten est  optimiste sur la place de la céramique dans l'art contemporain. Il ne me semble pas que cet optimisme ait encore atteint les musées et écoles spécialisées. Christophe Leribault le commissaire de l'exposition a probablement fait oeuvre de pionnier.

 

 

 

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