Picasso et la céramique contemporaine, Jacqueline et Jean Lerat

Jacqueline Lerat aimait dire au moment où elle rédigeait son article biographique pour le livre "Huit artistes et la terre" qu'une des chances de La Borne avait été que Pablo Picasso n'ait pas songé y vivre.Cette réflexion était plutôt une marque de respect pour son impressionant talent. Par contre, elle pouvait avoir des mots très durs pour ceux qui osait s'en inspirer trop servilement.

Picasso a été présent dans l'oeuvre de Jacqueline et Jean Lerat. Il était une référence par la liberté de sa vie et de ses créations dans cette Europe de l'Après-guerre. Dans la bibliothèque du couple, on trouve un achat de Jean  Lerat " Picasso" de Jean Cassou daté de 1940 publié par The Hyperion press.

Jean Lerat va traduire dans quelques plats ou sculptures cet enseignement de la liberté que Picasso nous a apporté;

 

En  1943, Jacqueline Lerat découvre La Borne, choisit de s'y installer en 1945 et privilégie le grès. Or tout aurait du l'attirer vers le sud: les origines provencales de son père, les vacances au bord de la Méditerranée, le Contadour de Jean Giono, les propositions d'Anne Dangar, ses amis Grégoire dans le Lubéron. Elle aurait pu suivre l'exemple d'Alexandre Kostanda, son moniteur à Mâcon, qui s'installe à Vallauris. Si elle apprécie les possibilités de la terre vernissée et de la faïence, le grés la rassure par sa solidité. Elle s'abrite dans le sérieux des pays du nord, inquiéte des facilités des pays du sud. Elle préfére affronter avec Jean Lerat de nouvelles recherches et fréquenter la simplicité des églises romanes.

A partir des années 1950, la prise en compte de l'abstraction dans leur travail va les convaincre de la pertinence de leurs choix. En  octobre 1951, la lecture de l'éditorial au vitriol "Peut on le dire" d'Andrè Bloc en tête numéro 8 (deuxième série) d'Art d'Aujourd'hui conforte ce choix. On peut en citer un paragraphe: "La petite cité de Vallauris, autrefois célèbre par ses excellentes marmites à pot-au-feu, étaient en pleine décadence. Les artisans, concurrencés par la grande industrie étaient guétté par la faillite. Mais survint Picassoqui, momentanément séduit par l'argile, se livra à d'amusantes acrobaties plastiques dans une poterie locale. Vallauris était sauvée. Des dizaines d'artistess'installérent à leur tour chez quelques potiers et tout le monde fit allégrement du "Picasso". Le parallèle avec La Borne est tout à fait frappant car à cette époque les artisans traditionnels essayent d'attirer les foules avec des émaux et des formes copiés dans les magasines. Cette position  d'André Bloc a marqué durablement les esprits puisqu'en 1970 à La Borne Pierre Mestre dit à Christine Pedley qui voulait s'installer: "Il faut éviter que La Borne devienne Vallauris". Depuis Anne Lajoix dans son livre "L'âge d'or de Vallauris" a montré en 1995 que cette vision devait être relativisée.

Pour Jacqueline et Jean Lerat le risque de contagion n'existait pas. Ils ont participé sans état d'âme à la grande exposition de céramique à Cannes en1955 et aux biennales de Vallauris en tant qu'exposant puis de membres du jury. A partir de 1954, le collégue de Jean aux Beaux-Arts de Bourges Raymond Legrand allait passer ses vacances à Vallauris pour travailler dans l'atelier de Madoura. Abonnés au "Lettres françaises", le journal d'Aragon, ils étaient bien au fait de sa démarche. Ils ont vu à Paris les différentes expositions.

Jean a trouvé dans la céramique de Picasso quelques sources d'inspiration car l'humour et la liberté du trait de Picasso lui parlait. On peut constater que la relation du couple avec l'oeuvre des différents peintres et sculpteurs contemporains peut se traduire par quelques céramique où cette relation est esquissée mais elle se noit rapidement dans leurs recherches personnelles.

Propulsé par Drupal