Abstraction et céramique

André Bloc, rédacteur en chef de la revue "Architecture d'Aujourd'hui" créée en 1930, lance en avril 1949 avec Edgard Pillet la revue  "Art d'aujourd'hui" qui devient en 1955 "Aujourd'hui, art et architecture". C'est une source essentielle pour comprendre la place de l'abstraction dans les mouvements artistiques de la deuxième moitié du XXe siécle en France. André Bloc a été avec le groupe "Espace" à l'origine de la conversion du sculpteur Maxime Descombin, ami intime de Jacqueline Lerat, à l'abstraction en 1949.

Cette revue, malgré le zèle de Léon Degand en faveur d'une abstraction "rigoureuse" a été un formidable miroir de la création contemporaine. Elle a accompagné les premières recherches d'Elisabeth Joulia, de Jacqueline et Jean Lerat entre autres. 

Cette lecture sera confrontée dans cet article  d'une part avec les traces consacrées à la céramique que l'on peut repérer dans les différents numéros et d'autre part avec l'évolution de l'oeuvre de Jacqueline et Jean Lerat. Ce sont les numéros répertoriés dans la bibliothéque de Jacqueline Lerat qui nous servirons. Le premier est daté de janvier 1950 et la série se poursuit (avec des manques) jusqu'au numéro spécial de décembre 1967 consacré à André Bloc suite à sa disparition.

Une autre ressource sera utilisée en contrepoint, C'est le nouvel accrochage des collections contemporaines du Centre Georges Pompidou proposé par Catherine Grenier, ancienne directrice adjointe de Beaubourg. Cette présentation intitulée "Modernités plurielles, 1905-1970" est agréable car plus pédagogique et planétaire. La peinture y conserve un monopole absolu qui fait peser une sorte d'inquisition sur les autres arts. Des photographies, des sculptures et des architectures sont parfois ulisées sans convaincre. La céramique est présente par quelques oeuvres mineures des années 1929 à 1939 d'André Derain présentées dans un couloir menant aux toilettes! La revue Architecture d'Aujourd'hui est largement utilisée pour la période d'avant-guerre. Son rôle après guerre est oubliée. Pourquoi? L'apport le plus intéressant de cette présentation est de montrer les évolutions de la peinture de 1905 à 1970 comme une mosaïque de périodes et de groupes en interraction. Ce dépassement de l'enchainement classique cubisme, essais abstraits, surréalisme, abstraction triomphante me parrait plus convaincant. Il ouvre de nouvelles perspectives en s'appuyant sur une vision qui se dit "mondialisée" et une approche du "sacré" qui faire la part belle à un polythéisme intellectuel. A chaque présentation nouvell, un jocker apparait, alibi d'une connaissance limitée. Mais cette vision dite globale reste très centrée sur l'homme peintre. La nature et les matériaux sont peu présents. La sculpture en bois de Frans Krajcberg est une sorte d'exception prémonitoire peut être à des évolutions à venir.

L'abstraction dans les domaines de l'art est encore dans les années 1950 un "gros mot" dans beaucoup d'institutions artistiques. Le numéro 6 de janvier 1950 de la revue "Art d'aujourd'hui, en fait remonter la naissance en 1910 avec un aquarelle de Wassili Kandinsky.  Il reste une approche marginale jusqu'à la fin de la guerre de "39-45". Hitler en faisant brûler les tablaux d'art dégénéré où l'art abstrait est présent lui donne une forte légitimité.

Après guerre de nouvelles lignes de réflexion  apparaissent qui limitent l'expansion de l'art abstrait: 

- Ainsi le réalisme socialiste dont Maurice Thorez fait la promotion au comité central du parti communiste français du 19 décembre 1949 maintient un courant qui sera peu représenté dans le milieu céramique. A la Borne André Rozay pourrait êtreune partie prenante de cette démarche.

- Le conservatisme bourgeois perdure dans les domaines de l'art jusque dans les années 70.

- La rénovation des églises et de la liturgie catholique suscite un courant novateur pour la représentation de la divinité et des saints.

Article commencé le 11 avril 2014, complété le 25 avril 2014,le 2 aout 2014

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