Jacqueline LERAT au plus prés des fleurs, des arbres

Photo de Bernard Guillot

Maintenant la terre s’est dévoilée
et la lumière du soleil en tournant comme un phare
fait les arbres tantôt roses tantôts noirs.
Puis elle écrit sur l’herbe avec une encre légère.
(Philippe Jacottet, L’ignorant 1952-1956 in Poésie Gallimard-1971)

Jacqueline Lerat a entretenu toute sa vie une relation particulière avec les paysages, la nature et la poésie qui constituent sa garde rapprochée.

Au début de sa vie artistique, elle a beaucoup dessiné en plein air. Son professeur de dessin lui a fait prendre conscience que les arbres n’étaient pas posés sur la terre mais enracinés, simple remarque soulignant les liens organiques entre la terre et le monde vivant. N’oubliant jamais cette leçon elle a consacré à l’assise de ses pièces une attention inquiète car c’est après leur conception graphique le vrai moment de leur germination.
Anne Dangar lui apporte cette sensibilité spécifique aux anglo-saxons : « Le pays et le jardin essayent de me dire que j’ai tort de les quitter » (lettre d’Anne Dangar à Jacqueline Lerat du 8 septembre 1945.
Le choix de La Borne n’est pas innocent. Outre ses potiers, son argile, vivre dans ce village c’est vivre au milieu des bois qui l’entourent complètement.
Elle est sensible à la vision globale et systémique des philosophies orientales où l’homme est placé à l’intérieur de la nature, un de ses éléments.
Son mari, Jean Lerat sait à merveille découvrir les trèfles à quatre feuilles sur le bord du chemin et les cèpes et girolles des bois de La Borne. Il est l’homme du potager et des arbres fruitiers. Le jardin après la mort de Jean devient également un refuge de plantes sauvages
Son jardin à Bourges fait cohabiter les fleurs annuelles (zinnias, etc. ), les bisannuelles (soucis, etc.), les vivaces (iris, roses trémières, etc.), les légumes (choux portugais, etc.) et les plantes sauvages qui s’y invitent (Bouillons blancs, orchidées, etc). Le jardin évolue avec des invasions brutales (Berces du Caucase), des proliférations sournoises (les boutons d’or) et des éclipses (les roses trémières abondantes dans les années 60 se sont faites discrètes et reviennent). La vigne plantée vers 1930 et les arbres fruitiers anciens sont conservés jusqu’à leur disparition. Un carré de bambous donne une touche orientale mais il a fallu lutter durement pour éviter son expansion. Le jardinier doit composer avec Jacqueline mais il est écouté.
Elle écrit en dans son carnet « Keith Haring » de 1996 : « Je suis allée dans le jardin dire à l’herbe de se taire. J’aime bien quand il y a un peu de laisser-aller mais pas d’envahissement »
L’été est l’occasion de faire sécher toutes sortes de fruits, de fleurs ou de feuilles pour les compositions hivernales.
Les plantes des champs et du jardin s’épanouissent dans les vases que Jacqueline a réalisés de 1945 à 1985.
A partir de 1985, elles se sont trouvées dans les pièces elles même. Dans de grandes pièces monumentales puis depuis les années 1995 dans des pièces plus intimes.

 

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